Je vous aime pour la vie

Je vous aime pour la vie

je vous aimeLa fleur au fusil. A Berlin ! Dans les gares les femmes acclament les soldats qui partent. Dans quinze jours on revient.  Je vous aime pour la vie est une création collective mise en scène par Guy Jacquet au Théâtre de la Rencontre. En exergue à la présentation du spectacle une citation de Roland Dorgelès « aurait-il fallu la guerre pour apprendre que nous étions heureux ? ».

Une famille est rassemblée dans le grenier du souvenir. Rencontre de personnages qui se retrouvent après une longue absence. Leurs caractères, leurs convictions diffèrent. Il y a la femme âgée qui mène le jeu. Elle possède quelques clés que les autres n’ont pas. Il y a la patriote farouche qui déteste toujours l’Allemand. Mais  il y  a aussi l’allemand, certes naturalisé français. Le soldat, avec casque, arme et uniforme, est derrière un voile où sont projetées de images de guerre. Dans un grenier, on découvre des lettres. Des fragments, souvent courts, forment, avec quelques textes d’auteur, intentionnellement choisis – Brecht, Apollinaire, Walt Whitman – la trame des récits.

Le désespoir qui mène à la révolte

Le jeu est distancié, mesuré, pudique. Partant de faits, relatés par des brèves évocations qui suivent de loin les épisodes du conflit, les gaz, les blessés à l’hôpital, la mobilisation des femmes comme force de travail,  on retrouve la souffrance de l’éloignement, la tendresse voilée, l’espérance qui mord en dépit du désastre. L’amour dit avec les mots d’Apollinaire se mêle à la lecture d’une simple missive. Avec les années qui passent la guerre devient intolérable. 1917. Les idées de fraternisation (Noël aux tranchées) surgissent. La chanson de Craonne, violente, clame le désespoir. Et la lutte des classes : Ceux qu’ont le pognon, ceux-là reviendront Car c’est pour eux qu’on crève Mais c’est fini, nous, les troufions On va se mettre en grève Ce sera vot’ tour messieurs les gros De monter sur le plateau Si vous voulez faire la guerre Payez-la de votre peau. Les tribunaux militaires spéciaux créés par Joffre dès 1914 sévissent. Fusillé pour l’exemple. Tombés sous les foudres du généralissime Joffre, le grand homme  que l’on honore encore de nos jours dans sa ville natale de Rivesaltes.

Le ton général est celui d’un constat, qui met sans pathos à juste distance des faits. Réussi grâce à l’efficacité du travail collectif accompli par Aline Seyres – Fredérique Bugeau -Marielle Somme – Christian Albert – André Stuber – Guy Jacquet, assistés par les techniciens du Théâtre de la Rencontre.

Yvette Lucas

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