Témoignages et articles

Quand Vermeer s’invite au plateau, il nous offre un éclairage épuré qui révèle et relève l’authenticité de Pauline et Jaume.

Tout, dans ces deux personnages nous raconte la poésie simple et profonde. Leurs vêtements, leurs attitudes, leur travail, leur position au devant et à l’arrière. Crainte et affirmation, réclamation et impuissance. Spectateurs impliqués.

Plaques lumineuses et terriennes qui marquent les espaces avec finesse et présence. Plaques longues dont la lumière s’échappe. Brutes, marquées. Atmosphère de vérité, remarquable.

Le jaune cher au peintre, est là par touches impressionnistes : une jupe, un gilet. Mystère et familiarité.

Dans l’espace de côté apparaissent en pénombre éclairée les deux grands hommes de guerre : celui qui l’a faite, celui qui l’a commandé. Points opposés, poings levés, costumes divisés, corps abîmé, âme exaltée. Hommes barbouillés de sang entre Espagne et France. Cassanyes et Guilhem.

Le maitre drapier en bleu vermeerien, cris et coups, poussés reçus, est déjà dans l’autre époque.

La fresque est dans sa vérité du moment, et pourtant historique.

Le dernier coup de pinceau est catalan,  Jérôme peut enfin lancer la grande couleur noire.

Frédérique BUGEAU

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Le Trou aux cochons, du théâtre sur notre histoire

Au Théâtre de la Rencontre, La bataille de Peyrestortes vue depuis le mas de la Llavanere, une pièce écrite par Pierre Bouchet.

Samedi 13 et dimanche 14 février, les comédiens du Théâtre de la Rencontre nous ont fait revivre une histoire locale trop oubliée. Guy Jacquet, avec ses amis comédiens s’est emparé, non sans arrière-pensées relatives à notre société actuelle livrée au chaos, d’une partie d’une longue pièce écrite par Pierre Bouchet, inspiré par les archives locales sur la Révolution française. « Le trou aux cochons »narre un épisode de la bataille de Peyrestortes quand les troupes françaises jusqu’ici lourdement défaites réussirent à repousser l’offensive espagnole conduite par le général Ricardos. Pauline, fermière roussillonnaise avait alors découvert un jeune soldat blessé dans le trou où se nourrissaient ses cochons. D’où le titre du spectacle.

Guy Jacquet a conçu l’adaptation scénique en trois moments, à la manière des tréteaux moyenâgeux. Au prologue, en avant du plateau nous faisons connaissance avec un fondeur de fer de Lamanère (Guy Jacquet) qui raconte comment, déjà, on associait les ressources trouvées de chaque côté de la frontière (minerai de fer chez nous, charbon de bois côté espagnol) pour produire du fer. Et comment il suffisait de la décision d’un puissant (le monarque en l’occurrence) pour interrompre ce processus. Balloté pour gagner sa vie de chaque côté de la frontière l’ouvrier du fer s’aperçoit qu’ici et là-bas on parle le même langage. Il n’y a somme toute que 130 ans que la frontière s’est déplacée. Revenu en France et rallié à la république le manant en question s’apprête à planter comme on le  fait dans toute la France un arbre de la Liberté. Liberté, un mot qu’il répète avec gourmandise. Et de renvoyer vigoureusement à son passé révolu de « propriétaire » le riche drapier (Gérard Blot) qui prétend que l’arbre est à lui.

Dans la suite, au cœur du plateau, Pauline (Aline Seyres) s’entretient avec son mari Jaume (Christian Albert), qui pendant la bataille s’était caché dans le four à pain. Elle raconte la découverte du soldat tombé dans le trou aux cochons.

Un peu à l’écart le conventionnel Cassanyes ( Jacques Pumaréda), assis à sa table, son bonnet de nuit sur la tête, écrit  pour faire parvenir à la Convention le récit de la bataille de Peyrestortes. Récit qu’il déclamera un peu plus tard avec l’emphase et l’enthousiasme de celui dont la détermination a permis d’éviter la prise de Perpignan. Nous avons dit que Pierre Bouchet, l’auteur de la pièce, avait eu recours aux Archives, et donc aux textes authentiques rédigés par Joseph Cassanyes. Cela fût-il affirmé avec quelque forfanterie, il est avéré que c’est bien grâce à la prise en mains des opérations par le conventionnel que la bataille a été gagnée. Un civil en remontrant aux généraux, c’est bien la preuve que le monde avait changé ! Et nous savons bien que  cela s’est aussi produit en d’autres temps.

Entre temps le soldat blessé est apparu, point trop content, accablé de douleurs dont il sent trop qu’il souffrira la vie entière. Mieux valait cela sans doute que d’être mangé par les cochons, c’est du moins l’avis de Pauline. En écho, l’alliance des puissances étrangères hostiles à la révolution est évoquée ainsi que             la situation intérieure : le fils de Pauline et Jaume se bat au loin contre les Vendéens, et on n’a plus de ses nouvelles. Et l’on sait enfin ce que signifie ce mémorial érigé au bout des pistes de l’aéroport actuel : c’était la bataille de Peyrestortes, une bataille pour bouter l’envahisseur hors du Roussillon, le 17 septembre 1793. Une bataille dont, il faut bien le dire, les récits trouvés sur Internet ne nous disent vraiment pas grand chose.

Faut-il ajouter que le spectacle est bien monté, grâce à la mise en place dûment concoctée de Guy Jacquet, qui connaît ses sujets, et dont le jeu, qu’il endosse le ton matois du gueux qui sait observer ou celui du malheureux accablé par le sort, conserve toute sa vigueur.

Aline Sereys et Christian Albert savent rendre tout le naturel qui convient au couple de paysans et Jacques Pumaréda trouve avec jubilation les accents enflammés qui conviennent au tribun victorieux, et fier de l’être.

Leur réussite est aussi de rendre toute la richesse du texte de Pierre Bouchet dont une relecture serait utile pour en sentir toutes les finesses et qui révèle sa connaissance intime des ressorts  du jeu théâtral.

La qualité du texte n’est-elle pas le premier atout d’un spectacle ? Les musiques de Yan Debord et la mise en lumières (Jérôme Auffret-Encuentra’s light) parachèvent l’ensemble.

Preuve nouvelle s’il en était besoin qu’à la Rencontre ils savent fichtrement bien raconter les histoires.

 

Yvette Lucas

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Yvette LUCAS,

Pour lui, la vie est théâtre et le théâtre est vie. Autrefois nous avons lu ensemble : à deux et à trois voix, à deux et à trois langues, sans se connaître. Guy Jacquet est l’homme de la rencontre. Quelque soit le lieu qu’il investit, qu’il y soit l’hôte ou l’invité, il y déploie son écoute, sa générosité, son goût de l’autre. Pas étonnant que le théâtre de Guy Jacquet se nomme « Le théâtre de la rencontre ». 

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Michèle Bayar,

Guy Jacquet, est de Rivesaltes (mais pas plus fier pour autant…), si ce n’est qu’un soir au Festival d’Avignon, il commença à dégoiser les textes de Gaston Couté, chansonnier héritier de La Commune…
«Dans la quantité innombrable et parfois innommable des productions surgelées ou mal cuites du festival, Guy Jacquet, comédien perpignanais, a concocté un spectacle en forme de spirale, où les chansons censurées et les écrits interdits de tous âges et de toutes époques, se choquent, meurtries, mais rebondissent toujours sur le fronton de la bêtise… Avec sa gueule en remontoir et ses rires décoiffants, et sans une once de mélodramatisme, Guy Jacquet sert Couté et les autres avec force et humour, ironie, colère et lucidité sans faille…sur les petites (et vilaines) mesquineries de nos pôvres conditions…(S.Routaine)

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Sophie Routaine,

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